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14 décembre 2011 3 14 /12 /décembre /2011 18:28

 

Que sera le futur d’internet ? Du virtuel à l’esclavage numérique

 

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Ces derniers mois marquent par la suprématie d’un « univers » restant pour un citoyen « de base » tout à fait irréel, virtuel, dans l’acceptation plus répandue de ce terme. Un monde vécu comme parallèle, largement ressenti dans son inaccessibilité sauf à faire partie des initiés (disposer d’un savoir-faire informatique suffisant, connaissance des institutions, maîtrise des base de l’économie…), s’offre donc au travers de ses représentations et de ses images, de ses personnages. Le rôle tenu par « les agences de notation » sur la scène de ce grand théâtre se donne depuis quelques temps en parfait personnage de synthèse.

Le décor recouvre pareillement des lieux inconnus du peuple, semblant situés dans quelques contrées lointaines du cosmos. Oui, cette planète là, ne souffrant d’aucune limite dans le gain ou la morale, est bien juchée dans un autre système que celui du bas peuple.

Ce dernier devra se satisfaire de l’évocation vague de « paradis fiscaux » ou de « la Bourse » incarnée dans « le CAC40 ». Le français lambda limitant en général son activité boursière au bénéfice d’un simple livret d’épargne ou PEA et chargeant sa banque d’en assurer le suivi, doit s’avouer vaincu d’entrée au niveau de l’entendement. Il ne peut pas comprendre. Il ne doit pas ? Il aurait seulement à s’en remettre au respect des fameux Droits de l’Homme qu’on lui promet et ressasse du matin ou soir. Nous vivrions au pays idéal de la démocratie. Dormir tranquille est obligatoire.

Le rôle central est tenu par « la crise », laquelle serait née de fâcheries bancaires venues de très loin, là bas, des Etats Unies. Dans la pièce commune et le grand concert des nations, l’Euro se serait un jour plongé dans l’intrigue, dans le fil conducteur de la mondialisation parfaite. La troupe n’en finit pas de croître en diversité d’intervenants. Le peuple assiste à un étrange spectacle auquel il ne voulait pas se rendre, pour ne pas en maîtriser la langue et les codes. Voilà qu’on lui annonce qu’il serait le producteur ruiné de ce grand drame mondial. Tous ces acteurs invisibles ne joueraient plus du tout, sauf avec lui. A moins qu’ils n’aient jamais fait que cela, jouer.

Le peuple aurait été tenu à distance du spectacle tant que les rôles principaux, invisibles, s’y amusaient follement. A l’heure ou la trame tourne au drame, les citoyens lambdas considérés jusque là comme trop stupides pour prendre part à la pièce se voient fermement invités sur scène, afin de combler toutes les dettes accumulées par les hommes invisibles.  

Outre les noms permettant de les évoquer, noms raisonnant en général dans l’éloignement absolu de nos jolis villages de France, tous ces acteurs uniquement financiers n’ont assurément pas le courage de se montrer sans maquillage. Le peuple se trouve soudain immergé d’office dans une sorte de langage subliminal généralisé, qu’il sait être seulement compréhensible par certains, à l’exception définitive de lui-même. Il devra rembourser les erreurs des autres, et les yeux bandés.

Le citoyen de base est donc invité à faire confiance à « ceux qui savent », qu’ils soient politiques ou éditorialistes spécialisés, grands maîtres de communication, présentés comme officiels afin de pouvoir rassurer quelques temps, quelques heures. Des émissions de « vulgarisation » sont programmées en guise de placebo.

Pour peu que le citoyen de base veuille penser à autre chose, quelques poubelles de téléréalité lui seront publicitairement déversées dessus. Au-delà de la grande Tragédie qu’il voit se dérouler, tragédie très orientée vers la Grèce afin de garder au moins quelques repères littéraires, les français (les européens) commencent ainsi à envoyer quelques avis de recherche, de la réalité.

Le réel objectif se serait laissé envahir peu à peu par un monde parallèle, lequel n’aurait précisément aucun intérêt (financier) à voir le principe de réalité retrouver toute son assise. Les prophètes les plus éclairés rappellent seulement que l’apocalypse, dans le sens grec (encore !) de la tragédie, recouvre une révélation, une prise de conscience. En l’occurrence, parler de « reprise » de conscience serait plus indiqué, de cette conscience mise en lambeaux afin de faire perdurer l’absurdité aveugle d’un système ne bénéficiant bientôt plus qu’aux voyous. Alors ?

Selon bien des Etudes, le peuple frappé par cette crise qui n’est pas la sienne tout en s’en voyant désigné comme responsable et coupable, serait tenté par la fuite en avant, plus en avant encore, dans le virtuel. Soigner le mal par le mal ?

Ainsi, 92% des internautes français surfent tous les jours sur Internet, et de plus en plus longtemps. Ils arrivent même en tête du classement (TNS Sofres) parmi 46 pays sur 5 continents. Plus de 52 % des consommateurs français ont visité un ou plusieurs comparateurs de prix au mois de juillet 2011, devant l'Allemagne (39,8%) et le Royaume-Uni (35,6%). Le virtuel gagne toujours plus en part de marché. Le trafic de SMS continue tout autant de croître à un rythme soutenu grâce à l'abondance des offres illimitées. On ne se voit plus, on communique, à distance. Plus de 24 milliards de SMS ont été envoyés au cours du deuxième trimestre 2010, contre 15 milliards un an auparavant. Une hausse de 8,8% par rapport au trimestre précédent. Seuls les doigts se montrent encore.

Si selon une étude menée par la Caisse des Dépôts et l'Acsel, 60 % des internautes hésitent encore à communiquer toutes leurs données personnelles, une majorité écrasante ne voit en revanche aucun inconvénient à afficher ses photos. Si les acteurs de la grande tragédie financière avancent à visage masqué, le peuple reste donc naïvement plus courageux. Oui, même sans avoir tous les codes, les lambdas avancent à visage découvert. Ce serait « populiste » de le dire.

Chacun déclare néanmoins garder « une certains distance » ou conscience différenciée s’agissant de « la Toile » dans son rapport au réel. Tout n’est pas perdu. L’hypnose resterait relative. Sauf à craindre que les grands magiciens chargés de « vendre » la dette afin de la faire rembourser par la sueur des peuples, n’usent bientôt de toute leur panoplie de poudre de perlimpinpin. Les plus inquiets, ou lucides, avancent que nous vivons la fin de la démocratie, telle qu’elle nous a été promue jusqu’alors. Oui, le terme d’apocalypse induit une prise de conscience, en langue grecque. Puisse le peuple ne pas y perdre son latin, ou tenter de s’évader au royaume des chimères et des fées numériques.

Hélas, le divertissement domine largement le téléchargement de podcast en France. Par exemple en Mai dernier, la catch-up radio était surtout utilisée pour écouter des émissions de variété, et loin derrière, de culture.

Au niveau de l’information, la recherche dominante y reste celle « des secrets » ou rumeurs, de « l’actualité émotionnelle ». Les médias plus institutionnels ne seraient pas sans succomber au même attrait pour le sensationnel, pensant ainsi augmenter le score du fameux audimat. La crédibilité est en « jeux » ? La société du spectacle s’écoule du Net jusqu’aux autres médias. La crise sera bientôt esthétique et sexy.

Selon l'étude "Media in life" de Médiamétrie menée en janvier et février 2011 auprès des Français, ceux-ci comptabilisent en moyenne 40,4 contacts par jour dans une pratique média ou multimédia. Outre la recherche de divertissement, 17,7 millions d'internautes consultent très régulièrement leur banque en ligne. La tragédie bancaire mondiale trouve ici un habile renfort dans cette automatisation des citoyens. Le diable se mord la queue avec jubilation. Oui, automatiser, toujours plus. Le Net commence à dominer par l’achat et la consommation en ligne, et la finance. Tout est logique. Le monde parallèle gagne à réduire les consciences et les exigences, la clairvoyance et la volonté. L’information ? Non, informatiser.

Assurément, l’expansion du Net souligne les excès et attitudes les plus primaires de la société encore « réelle ». Inutile d’insister sur l’explosion du marché du sexe sur Internet. Le cybercitoyen sera seul et frustré, ou ne sera pas ?

Les sites de rencontres s’inscrivent pareillement dans une présentation marchande. Les êtres deviennent des produits soumis à des comparatifs. Sur bien des sites « d’actualité », people ou « sérieuse », le succès rencontré auprès des lecteurs aura valeur de crédibilité. Débilité. Le nombre de clics vaut pour assurance de vérité. La rumeur gagne. Les « infos » énoncées dans un effet de choc s’afficheront en tête des plus lues. Le sensationnel, le voyeurisme, les fonds de poubelles, trouvent en général un grand lectorat. L’exactitude des faits ou propos s’effacera devant le niveau de sensation ou d’émotion offerts et ressentis. Du plaisir.

Les pages de Facebook sont peu à peu désertées par la pensée ou le vrai dialogue au profit d’un étalage d’images issues de banques (là aussi) de données, le règne des apparences, sur les profils autant que sur les « murs ». Ce terme dit parfaitement cette grande solitude palpable des temps modernes. L’hypnose exige l’isolement des individus afin de les plonger dans le niveau de conscience, ou d’inconscience, requis. Derrière le grand concours de sourires jaunes ou de survalorisation de l’Ego, le citoyen « lambda » qui souffre, de plus en plus. La « Crise » depuis 30 ans ? Il y a beaucoup perdu, à commencer par lui-même.

Quoi qu’il en soit, même dans une part d’anonymat, la tristesse et l’imperfection ont très mauvaise presse. Les chômeurs ou les pauvres aussi. Montrons-nous heureux pour être de la famille du Net. Tant de photos de « profil » datant de « quelques » années. Personne n’est dupe. L’objectif recherché est celui du rêve et des sensations fortes. Le maquillage sera recommandé en tout. Comme pour l’information en général, la vérité deviendrait secondaire ? L’image doit être la plus belle possible. Le virtuel comme refuge ? Oui, l’évitement, puis l’addiction pour ne pas revoir une réalité de plus en plus désarmante, incompréhensible.

Même si les Français ont pris conscience que les données personnelles déposées sur le Web peuvent ensuite être utilisées sans leur consentement (sondage en ligne de Esomar Research), pas loin de 90 % estime qu'il s'agit d'un risque inévitable. Faire illusion, se rajeunir, s’attribuer des diplômes ou références les plus éblouissantes constituent la panacée. Mentir en tout où presque serait la norme. Dans ce qu’il reste de « la vraie vie », aussi. Certains ministres gonfleraient leur CV ? Les vilaines langues auraient tort. Le peuple aussi.

Les Français consacrent donc en moyenne 2 hr 17 minutes chaque jour à surfer sur le Web, essentiellement pour leurs loisirs (Etude de l'institut GfK), déjà plus de 50 minutes comparativement à l'écoute de la radio. Une mutation.

Le nouvel eldorado sera factice ou ne sera pas ? La masse croissante nourrissant la Net-addiction volontaire (« Courage, fuyons ! la crise ») semble prête à tous les sacrifices. Ainsi, les Français se disent moins enclins à réduire leurs dépenses "multimédia" que celles qui sont consacrées à la nourriture ou la santé. Puisque la réalité du virtuel est en passe de l’emporter, le plaisir fonderait le dernier domaine de liberté possible, de bonheur, même fugace, faux.

Une étude de l'agence OMD le confirme, l'abonnement Internet reste la priorité pour 63 % des personnes interrogées. Le mobile et la télévision payante sont les autres postes n’ayant pas à souffrir d'une baisse des dépenses. Face à une réalité de plus en plus cruelle et frustrante pour la majorité des citoyens, l’accès à l’illusion ou au rêve. Le virtuel remplace l’armoire à pharmacie sur l’échelle des priorités. Tous malades, mais heureux au royaume pas très net du Net ?

La crise n’en finit plus d’accroître l’exil croissant vers la Toile magique. Google bat tous les records de fréquentation. Les moteurs de recherche portent 68 % du flux global le Net. Oui, la société se cherche.

Reste que 64 % des sondés disent écrire plus qu’auparavant depuis qu’ils utilisent le Net, l’email ou la messagerie des forums sociaux. Entre l’image et le texte, ce dernier pourrait finalement avoir le dernier mot. Et si le Verbe était entrain de gagner.

Puisse l’univers plat du Net ne jamais nous éloigner totalement de notre si jolie planète.

Guillaume Boucard

Source : agoravox

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