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16 janvier 2012 1 16 /01 /janvier /2012 11:10

Le "Projet Jugement dernier" et les événements profonds : JFK, le Watergate, l’Irangate et le 11-Septembre


Dans cette analyse en deux parties, l’ancien diplomate et professeur de sciences politiques Peter Dale Scott montre comment, par quelles étapes successives depuis l’assassinat de John Kennedy, les États-Unis ont basculé dans la situation que le président Eisenhower redoutait et à propos de laquelle il avait mis en garde ses compatriotes. Depuis le 26 octobre 2001 et l’instauration du Patriot Act, c’est l’État profond, une structure secrète au-delà des apparences démocratiques, qui gouverne désormais le pays.


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Le 22 novembre 1963 à 13h, JFK est officiellement déclaré mort. A 14h38, le vice-président Lyndon B. Johnson prête serment dans l’avion présidentiel Air Force One. A ses côtés se tient Jacqueline Kennedy, qui porte encore son costume Chanel éclaboussé par le sang de son époux. Dans un entretien qu’elle accordera quelques mois après l’assassinat à l’historien Arthur Schlesinger Jr, elle soupçonne Johnson d’avoir orchestré l’assassinat de son mari en lien avec des lobbies pétroliers du Texas.

« Je suis conscient de la possibilité d’instaurer une véritable tyrannie aux États-Unis. Nous devons donc nous assurer que cette agence [la National Security Agency], et toutes celles qui possèdent ces technologies, opèrent dans un cadre légal et sous une supervision appropriée, de sorte que nous ne tombions jamais dans cet abîme. Y sombrer serait sans retour. » – Sénateur Frank Church (1975)

Dans cet article, je vais discuter de quatre événements importants et toutefois mal compris : l’assassinat de John F. Kennedy, le Watergate, l’Irangate et le 11-Septembre. J’analyserai ces événements profonds comme faisant partie d’un processus politique encore plus profond qui les relie entre eux, un processus qui a favorisé la construction d’un pouvoir répressif aux États-Unis, au détriment de la démocratie.

Ces dernières années, je me suis référé à une force obscure derrière ces événements – une force que j’ai maladroitement appelée « l’État profond » (n’ayant pas trouvé mieux) qui évolue à la fois à l’intérieur et en dehors de l’État public. Aujourd’hui, pour la première fois, je vais tâcher d’identifier une partie de cette force obscure, qui a fonctionné depuis au moins cinq décennies en marge de l’État public. Celle-ci porte un nom que je n’ai pas inventé : le Projet «  Jugement dernier  » (Doomsday Project). C’est le nom donné par le Département de la Défense aux planifications d’urgence visant « à assurer le fonctionnement de la Maison Blanche et du Pentagone pendant et après une guerre nucléaire, ou toute autre crise majeure. » [1]

L’objectif de ce travail est simple mais important : il consiste à démontrer que le Projet Jugement dernier des années 1980, ainsi que les planifications de crise antérieures qui ont mené à ce projet, ont joué un rôle déterminant dans les coulisses des événements profonds que je vais analyser.

De manière plus explicite, cette planification a été un facteur majeur derrière les trois phénomènes préoccupants qui menacent aujourd’hui la démocratie états-unienne. Le premier d’entre eux a été la conversion de notre économie en une « plouto-nomie », une économie à visée ploutocratique, marquée par une scission grandissante des États-Unis en deux classes – les nantis et les défavorisés, les « 1 % » et les « 99 % ». Le second phénomène est la militarisation croissante des États-Unis, et principalement sa tendance à mener ou à provoquer des guerres dans des régions lointaines, ce qui est devenu de plus en plus courant et prévisible. Il est clair que les opérations de cette machine de guerre US ont servi les intérêts du percentile au sommet de la pyramide. [2]

Le troisième phénomène, qui est le sujet de cet essai, est l’influence considérable des événements profonds structurels sur l’Histoire des États-Unis, une influence de plus en plus néfaste : des événements mystérieux, (comme l’assassinat de JFK, l’effraction du Watergate ou le 11-Septembre, qui affectent brutalement la structure sociale états-unienne), ont un impact majeur sur la société de ce pays. Par ailleurs, ils impliquent constamment des actes criminels ou violents. Enfin, bien souvent, ils sont générés par une force obscure inconnue.

De nombreuses analyses ont été menées sur la décomposition actuelle des États-Unis en termes d’écarts de revenus et de disparités de richesse, ou au sujet de sa militarisation comme de sa tendance belliciste croissante. Mon approche dans cet essai est selon moi inédite : elle consiste à faire valoir que les disparités de revenus – autrement dit, la « plouto-nomie » – autant que les tendances guerrières des États-Unis ont été considérablement favorisées par des événements profonds.

Il faut comprendre que les disparités de revenus dans l’économie US n’ont pas résulté d’une action des forces entrepreneuriales indépendamment de l’intervention politique. Au contraire, ces inégalités furent en grande partie engendrées par un processus politique continuel et délibéré, datant des années 1960 et 1970 – période durant laquelle les individus les plus riches de ce pays craignaient d’en perdre le contrôle.

À cette époque, dans son mémorandum de 1971, le futur juge à la Cour Suprême Lewis Powell avertit que la survie du système de la libre-entreprise dépendait de « la planification et [de] l’application soigneuses, sur le long terme », de réponses abondamment financées contre les menaces incarnées par la gauche. [3] Cette mise en garde engendra une virulente offensive de la droite, coordonnée par quelques cercles de réflexion et généreusement financée par un petit groupe de fondations familiales. [4] Il faut garder à l’esprit que tout cela répondait à de graves émeutes à Newark, à Detroit et dans d’autres villes, et que la gauche lançait alors un nombre croissant d’appels à la révolution (en Europe autant qu’aux États-Unis). Je me concentrerai ici sur la réponse de la droite à ce défi, et sur le rôle des événements profonds dans la facilitation de cette réponse.

Ce qui importait vraiment dans le Manifeste Powell était moins le document en lui-même que le fait qu’il ait été commandé par la Chambre de Commerce des États-Unis, l’un des groupes de pression les plus influents et des plus discrets. Par ailleurs, ce mémorandum était seulement un signe parmi bien d’autres qu’une guerre de classes prenait forme durant les années 1970, un processus plus vaste qui se déroulait à l’intérieur autant qu’à l’extérieur du gouvernement (et qui comprenait ce qu’Irving Kristol qualifia de « contre-révolution intellectuelle »), et mena directement à la soi-disant « Révolution Reagan ». [5]

Il apparaît clairement que ce plus large processus a été mené pendant pratiquement cinq décennies, la droite injectant des milliards de dollars dans le système politique des États-Unis. Ce que je désire démontrer ici est que les événements profonds ont eux aussi fait partie intégrante de ces efforts de la droite, depuis l’assassinat de John F. Kennedy jusqu’au 11-Septembre. Le résultat du 11-Septembre fut la mise en œuvre de plans pour la « continuité du gouvernement » (COG pour « Continuity of Government »), qui furent qualifiés de plans préparant « la suspension de la Constitution des États-Unis » durant les auditions d’Oliver North relatives à l’Irangate en 1987. Ces plans de la COG, élaborés sur la base de planifications antérieures, ont été soigneusement développés depuis 1982 dans le cadre de ce que l’on appelle le Projet Jugement dernier (Doomsday Project) par une équipe secrète nommée par Reagan. Celle-ci était composée de personnalités publiques et également privées, dont Donald Rumsfeld et Dick Cheney.

Je vais tenter de prouver que, dans cette perspective, le 11-Septembre ne fut que l’aboutissement d’une séquence d’événements profonds remontant à l’assassinat de Kennedy, voire plus loin encore, et que les germes du Projet Jugement dernier peuvent être décelés derrière chacun d’eux.

Plus précisément, je vais tenter de démontrer, au sujet de ces événements profonds :

1) que des comportements malveillants à la CIA et dans d’autres agences similaires ont contribué à l’assassinat de Kennedy et au 11-Septembre ;

2) que les conséquences de chaque événement profond inclurent un accroissement du pouvoir répressif autoritaire en faveur de ces agences, au détriment du pouvoir démocratique persuasif ; [6]

3) qu’il existe des recoupements symptomatiques de personnel entre les auteurs de ces différents événements profonds ;

4) que l’on observe dans chacun de ces événements l’implication d’éléments liés au trafic de drogue international – ce qui suggère que notre « plouto-nomie » actuelle soit aussi, dans une certaine mesure, une « narco-nomie » ;

5) que derrière chaque événement, on peut observer le Projet Jugement dernier (qui joue un rôle de plus en plus important au fil des années), c’est-à-dire la structure alternative de planification d’urgence ayant ses propres réseaux de communication, opérant comme un réseau de l’ombre en dehors des canaux gouvernementaux réguliers.

Les comportements bureaucratiques malveillants comme facteur contribuant à l’assassinat de JFK ainsi qu’au 11-Septembre

L’assassinat de JFK autant que le 11-Septembre furent facilités par la manière avec laquelle la CIA et le FBI manipulèrent leurs dossiers sur les auteurs présumés de chaque événement (Lee Harvey Oswald dans ce que j’appellerai l’affaire JFK, et les pirates de l’air présumés Khaled al-Mihdhar et Nawaf al-Hazmi dans le 11-Septembre). La décision prise le 9 octobre 1963 par Marvin Gheesling, un agent du FBI, d’effacer Oswald de la liste de surveillance du FBI fait partie de cette facilitation. Cette décision fut mise en œuvre peu après l’arrestation d’Oswald à la Nouvelle-Orléans en août 1963 et son voyage présumé au Mexique en septembre. De toute évidence, ces événements auraient normalement dû faire d’Oswald un candidat pour une surveillance renforcée. [7]

Ce comportement malveillant constitue un paradigme si on l’associe avec les agissements d’autres agences, en particulier ceux de la CIA, dans l’affaire JFK et le 11-Septembre. En effet, le comportement de Gheesling va nettement dans le sens d’une coupable rétention d’information de la part de la CIA, durant ce même mois d’octobre [1963] – information dissimulée au FBI, et selon laquelle Oswald aurait rencontré à Mexico Valeriy Kostikov, un agent présumé du KGB. [8] Cette dissimulation contribua également à assurer qu’Oswald ne serait pas surveillé. En effet, dans ses mémoires, l’ancien directeur du FBI Clarence Kelley se plaignit que la rétention d’informations de la CIA fût la principale raison expliquant pourquoi Oswald n’était pas sous surveillance le 22 novembre 1963. [9] La provocation des Renseignements militaires en 1963 fut encore plus alarmante. En effet, l’une de ses unités ne se contenta pas seulement de retenir des informations sur Lee Harvey Oswald, mais elle fabriqua aussi de faux renseignements qui semblaient destinés à provoquer une riposte [militaire] contre Cuba. Je qualifie de telles provocations de récits primaires, en l’occurrence des tentatives de dépeindre Oswald comme un comploteur communiste (au contraire des récits secondaires ultérieurs, également faux, le décrivant comme un loup solitaire révolté). Un câble du commandement de la IVe Armée, situé au Texas, peut être considéré comme un exemple frappant de récit primaire. Il fait état d’une information donnée par un policier de Dallas, qui appartenait aussi à une unité de réserve des Renseignements militaires :

« Le premier assistant Don Stringfellow, section des Renseignements, Département de la Police de Dallas, a notifié le 112e Groupe INTC [des renseignements], [rattaché à] ce quartier général, que les informations obtenues d’Oswald ont révélé sa défection pour Cuba en 1959 et sa qualité de membre du Parti communiste, dont il possède une carte. » [10]

Le 22 novembre [1963, jour de l’assassinat de JFK], ce câble fut envoyé directement au Commandement US des Frappes militaires à Fort MacDill en Floride, la base prête à lancer une éventuelle attaque de représailles contre Cuba. [11]

Ce câble ne représentait pas une aberration isolée. En effet, il était appuyé par d’autres faux récits primaires venant de Dallas concernant le fusil qu’aurait utilisé Oswald. Ces faux récits se basaient en particulier sur une série de traductions erronées du témoignage de Marina Oswald. Ces falsifications visaient à suggérer que le fusil d’Oswald à Dallas était une arme qu’il s’était procurée en Russie. [12]

Ces derniers rapports falsifiés concernant Marina Oswald, apparemment sans lien avec les précédents, peuvent néanmoins nous ramener à la 488e unité de réserve des Renseignements militaires à laquelle appartenait Don Stringfellow. [13] Ilya Mamantov, l’interprète qui fournit initialement la fausse traduction des témoignages de Marina Oswald, fut choisi par Jack Crichton, un magnat du pétrole de Dallas, et par George Lumpkin, le directeur adjoint de la police de cette même ville. [14] Crichton et Lumpkin étaient [respectivement] le chef et le premier adjoint de la 488e unité de réserve des Renseignements militaires. [15] Dans la communauté des pétroliers de Dallas, Crichton était aussi un sympathisant d’extrême droite : administrateur de la Fondation H.L. Hunt, il fut également membre du Comité américain d’aide aux combattants de la liberté du Katanga (American Friends of the Katanga Freedom Fighters), une organisation d’opposition aux politiques de Kennedy au Congo.

Nous devons garder à l’esprit que certains membres du Comité des chefs d’États-majors interarmées [JCS pour Joint Chiefs of Staff] étaient extrêmement irrités par le fait que la crise des missiles de 1962 n’avait pas conduit à une invasion de Cuba. Par ailleurs, en mai 1963, sous la direction de son nouveau chef Maxwell Taylor, le JCS était encore persuadé « qu’une intervention militaire des États-Unis à Cuba [serait] nécessaire ». [16] Nous étions six mois après que Kennedy eût donné des garanties explicites à Khrouchtchev afin de résoudre la crise des missiles en octobre 1962, lui assurant que les États-Unis n’envahiraient pas Cuba – bien que ces garanties fussent soumises à d’importantes conditions. [17] Ces initiatives présidentielles n’empêcheront pas le J-5 du Comité des chefs d’États-majors interarmées (la Direction des planifications et des politiques du JCS) d’élaborer une liste de « provocations fabriquées pour justifier une intervention militaire ». [18] (L’un des exemples de « provocations fabriquées » envisageait d’« utiliser des avions de type MiG pilotés par des aviateurs US pour […] attaquer des navires commerciaux ou l’armée des États-Unis ».) [19]

Les tromperies sur Oswald qui émanaient de Dallas furent lancées immédiatement après l’assassinat [de JFK] ; de ce fait, elles ne suffisent pas à établir que l’assassinat ait constitué un complot impliquant la tromperie et la provocation. En revanche, elles en disent long sur l’état d’esprit anticastriste qui prévalait au sein de la 488e unité de réserve des Renseignements militaires à Dallas ; et elles nous confirment que cet état d’esprit était remarquablement similaire à celui du J-5 au mois de mai 1963 – c’est à dire l’état d’esprit qui produisit une liste de « provocations fabriquées » pour attaquer Cuba. (Selon Crichton, « [la 488e unité de réserve] comptait une bonne centaine d’hommes, dont environ 40 à 50 étaient originaires du Département de la Police de Dallas. ») [20]

Ces comportements malveillants au sein des bureaucraties de la CIA, du FBI et de l’armée – les trois agences avec lesquelles Kennedy avait eu de sérieux désaccords durant sa présidence tronquée [21] – peuvent difficilement s’expliquer par le seul hasard. Dans cet article, j’établirai ultérieurement un lien entre le pétrolier de Dallas Jack Crichton et la planification de crise de 1963, qui devint le Projet Jugement dernier.

Le même type de comportements malveillants au sein de la bureaucratie autour du 11-Septembre

En 2000 et 2001, avant le 11-Septembre, la CIA s’est de nouveau abstenue de divulguer des preuves accablantes au FBI – des informations qui, si elles avaient été partagées, auraient conduit le FBI à surveiller Khaled al-Mihdhar et Nawaz al-Hazmi, deux des pirates de l’air présumés. Cette importante rétention d’informations a amené un agent du FBI à prédire avec exactitude, en août 2001, qu’« un jour, des gens perdront la vie ». [22] Suite au 11-Septembre, un autre agent du FBI déclara au sujet de l’Agence : « Ils [la CIA] ne voulaient pas que le Bureau se mêle de leurs affaires – c’est pourquoi ils ne dirent rien au FBI. […] Et c’est pourquoi le 11-Septembre eut lieu. C’est pourquoi cet événement s’est déroulé. […] Ils ont du sang sur les mains. Ils sont responsables de la mort de 3 000 personnes. » [23] Dans cette affaire, la rétention d’informations cruciales avant le 11-Septembre – que l’Agence se devait de transmettre au FBI en vertu de ses propres règles – était comparable aux dissimulations de la NSA. [24]

En d’autres termes, sans ces rétentions de preuves, ni l’assassinat de Kennedy ni le 11-Septembre n’auraient pu se dérouler ainsi. Comme je l’ai écrit dans mon livreAmerican War Machine, il semblerait qu’à un moment donné,

« Oswald, et plus tard Al-Mihdhar, avaient été présélectionnés comme sujets désignés pour une opération. L’objectif initial n’aurait pas forcément été celui de commettre un crime contre les États-Unis. Au contraire, des démarches furent probablement entreprises afin de préparer Oswald en lien avec une opération contre Cuba et al-Mihdhar pour une opération contre Al-Qaïda [comme je le suspecte]. Mais à mesure que les mythes [exploitables] commençaient à s’accumuler autour de ces deux personnages, il devenait possible pour des individus mal intentionnés de subvertir l’opération autorisée en un plan meurtrier qui aurait ensuite été dissimulé. À ce stade, Oswald (et par analogie al-Mihdhar) n’était plus un simple sujet désigné, mais également un coupable désigné. » [25]

Kevin Fenton, dans son ouvrage très complet intituléDisconnecting the Dots [« Semer le trouble »], en est arrivé à la même conclusion au sujet du 11-Septembre, à savoir qu’« à partir de l’été 2001, l’objectif de la rétention d’informations était dorénavant de permettre le déroulement des attaques ». [26] Il a également identifié le principal responsable de ce comportement administratif malveillant : l’officier de la CIA Richard Blee, directeur de l’Unité ben Laden de l’Agence. Alors que Clinton était encore Président, Blee avait fait partie d’une faction de la CIA qui militait activement pour une implication plus belliciste de l’Agence en Afghanistan, en conjonction avec l’Alliance du Nord afghane. [27] Ces projets se réalisèrent immédiatement après le 11-Septembre, et Blee lui-même fut promu chef de station [de la CIA] à Kaboul. [28]

Comment la rétention de preuves par la CIA et la NSA lors du deuxième incident du golfe du Tonkin a contribué à déclencher la guerre avec le Nord-Vietnam

Je vous épargnerai les détails de cette rétention d’informations, qui est expliquée dans mon livre American War Machine, (à paraître en français, en août 2012). Néanmoins, l’incident du golfe du Tonkin est comparable à l’assassinat de Kennedy ainsi qu’au 11-Septembre, car cette manipulation de preuves a contribué à diriger les États-Unis vers la guerre (très rapidement, dans le cas présent).

Aujourd’hui, des historiens comme Fredrik Logevall sont d’accord avec l’évaluation du sous-secrétaire d’État George Ball, selon laquelle la mission des contre-torpilleurs US dans le golfe du Tonkin – qui déclencha les incidents du même nom – « relevait principalement de la provocation ». [29] La planification de cette mission provocatrice venait du J-5 du Comité des chefs d’États-majors interarmées [JCS], la même équipe qui avait avancé en 1963, concernant Cuba, que « la fabrication d’une série de provocations visant à justifier une intervention militaire [était] réalisable ». [30]

La dissimulation de la vérité par la NSA et la CIA le 4 août 1964 se produisit dans un contexte marqué par une détermination avérée (mais controversée), aux plus hauts niveaux de l’État, d’attaquer le Nord-Vietnam. À cet égard, l’incident du golfe du Tonkin est remarquablement similaire à la dissimulation de la vérité par la CIA et la NSA qui conduisit directement au 11-Septembre, alors qu’existait de nouveau une détermination gouvernementale pour partir en guerre (même si elle était aussi controversée).

 

La suite plus bas

 

 

[1] Tim Weiner, « The Pentagon’s Secret Stash », Mother Jones Magazine, mars/avril 1992, p.26.

[2] J.A. Myerson « War is a Force That Pays the 1 Percent : Occupying American Policy » Truthout, 14 novembre 2011. Cf. Peter Dale Scott,La Route vers le Nouveau Désordre Mondial : 50 ans d’ambitions secrètes des États-Unis (Éditions Demi-Lune, Paris, 2010), p.33, etc.

[3] Scott, Ibidem, p.53, pp.60-62, pp.144-46.

[4] Scott, Ibidem, p.53, pp.143-44.

[5] Scott, Ibidem, pp.51-52, pp.87-90 ; Kristol, cité dans Lewis H. Lapham, « Tentacles of Rage : The Republican Propaganda Mill, a Brief History » Harper’s Magazine, septembre 2004, p.36.

[6] Voir par exemple Peter Dale Scott, American War Machine, pp.204-05.

[7] Peter Dale Scott, The War Conspiracy, p.354.

[8] Peter Dale Scott, Deep Politics II, pp.30-33 ; Scott, The War Conspiracy, p.387 ; Scott, American War Machine, p.152.

[9Clarence M. Kelley, Kelley : The Story of an FBI Director (Andrews, McMeel, and Parker, Kansas City, MO, 1987), p.268, cité dans Scott,The War Conspiracy (2008), p.389.

[10] Scott, Deep Politics, p.275 ; Scott, Deep Politics II, p.80n129 ;Conférence des critiques de la HSCA du 17 septembre 1977, p.181. Stringfellow travailla pour Jack Revill au sein de la brigade des mœurs du Bureau des services spéciaux du DPD. A ce titre, il rendait régulièrement des rapports au FBI sur des proches associés de [l’assassin de Lee Harvey Oswald] Jack Ruby. Parmi ces associés figurait James Herbert Dolan, un « gros bras et voyou connu [des services de police] », qui était fiché sur la liste du FBI répertoriant les principaux criminels de Dallas (Robert M. Barrett, rapport du FBI du 2 février 1963, NARA#124-90038-10026, p.12 [Stringfellow] ; cf. NARA#124-10212-10012, p.4 [voyou], NARA#124-10195-10305, p.9 [principaux criminels]). Cf. 14 WH pp.601-02 [Ruby & Dolan]. Robert Barrett, qui recevait les rapports de Stringfellow au FBI, surveillait étroitement Dolan, l’ami de Ruby ; il participa également à l’arrestation d’Oswald au cinéma Texas Theater, et avança avoir vu Westbrook, un officier du DPD, avec le portefeuille d’Oswald sur le site du meurtre [du policier de Dallas] J.D. Tippit (Dale K. Myers, With Malice : Lee Harvey Oswald and the Murder of Officer J.D. Tippit [Oak Cliff Press, Milford, MI, 1998], pp.287-90).

[11] Ce câble fut envoyé pour information à Washington, qui le reçut trois jours plus tard (Scott, Deep Politics, p.275 ; Scott, Deep Politics II, p.80n129 ; Scott, War Conspiracy, p.382).

[12] Pièce à conviction N°1778 de la Commission Warren, 23 WH p.383. (Les véritables termes employés par Marina, avant la fausse traduction, étaient relativement anodins : « Je ne peux pas décrire [l’arme] car pour moi, un fusil ressemble à tous les autres » (Pièce à conviction N°1778 de la Commission Warren, 23 WH p.383 ; analysé dans Scott, Deep Politics, pp.168-72).

[13] Stringfellow lui-même était la source d’un autre faux renseignement le 22 novembre 1963, selon lequel Oswald avait avoué les meurtres du Président et de l’officier Tippit (Dossier du FBI à Dallas DL 89-43-2381C ; Paul L. Hoch, « The Final Investigation ? The HSCA and Army Intelligence » The Third Decade, 1, 5 [juillet 1985], p.3).

[14] 9 WH p.106 ; Scott, Deep Politics, pp.275-76 ; Russ Baker, Family of Secrets, pp.119-22.

[15] Rodney P. Carlisle et Dominic J. Monetta, Brandy : Our Man in Acapulco (University of North Texas Press, Denton, TX, 1999), p.128.

[16] Comité des chefs d’États-majors Interarmées (JCS), « Courses of Action Related to Cuba (Case II)  », Rapport du J-5 au Comité des chefs d’États-majors Interarmées, 1er mai 1963, NARA #202-10002-10018, p.12. Cf. pp.15-16 : « Les États-Unis devraient intervenir à Cuba et pourraient (a) fabriquer des incidents provocateurs ostensiblement perpétrés par le régime de Castro pour servir de prétexte à l’invasion […] ».

[17] Robert Dallek, An Unfinished Life, p.568 ; James A. Nathan, The Cuban missile crisis revisited, p.283 ; Waldron et Hartmann, Legacy of Secrecy, p.9.

[18] Comité des chefs d’États-majors Interarmées (JCS), « Courses of Action Related to Cuba (Case II) », Rapport du J-5 au Comité des chefs d’États-majors Interarmées, 1er mai 1963, NARA #202-10002-10018, p.12.

[19] Ibidem, p.20. Je ne vois rien dans ce document indiquant qu’il devait être notifié au Président que ces « provocations fabriquées » étaient fausses. Au contraire, le rapport appelait à la « compartimentation des participants » pour s’assurer que les véritables faits n’auraient jamais fait surface (« Courses of Action Related to Cuba (Case II) », NARA #202-10002-10018, p.19).

[20] Cité dans Baker, Family of Secrets, p.122. L’un d’entre eux, le détective du DPD John Adamcik, était membre de l’équipe qui récupéra un drap supposé avoir contenu le fusil d’Oswald ; et que la Commission Warren utilisa pour lier Oswald au célèbre Mannlicher Carcano. Plus tard, Adamcik était présent à l’interrogatoire de Marina [Oswald] mené par Mamantov au sujet du fusil, et il corrobora le compte-rendu de ce dernier à la Commission Warren. Il existe des raisons de croire que la traduction du témoignage de Marina par Mamantov fût inexacte (Scott, Deep Politics, pp.268-70, p.276).

[21] Voir James Douglass, JFK and the Unspeakable (Orbis Books, Maryknoll, NY, 2008).

[229/11 Commission Report (disponible en français sous le titre11-Septembre, Rapport final de la Commission d’enquête sur les attaques terroristes contre les États-Unis, [Équateurs, Paris, 2004]), p.259, p.271 ; Lawrence Wright, The Looming Tower : Al-Qaeda and the Road to 9/11 (Knopf, New York, 2006), pp.352-54 (l’agent du FBI).

[23] James Bamford, A Pretext for War : 9/11, Iraq, and the Abuse of America’s Intelligence Agencies (Doubleday, New York, 2004), p.224. Pour un compte-rendu plus complet sur la rétention d’informations de la CIA avant le 11-Septembre, voir Kevin Fenton,Disconnecting the Dots ; Rory O’Connor et Ray Nowosielski, « Insiders Voice Doubts about CIA’s 9/11 Story », Salon, 14 octobre 2011.

[24] Fenton, Disconnecting the Dots, pp.7-12, pp.142-47, etc.

[25] Scott, American War Machine, p.203.

[26] Fenton, Disconnecting the Dots, p.371, cf. p.95. D’une manière assez différente, Richard Clarke, coordinateur national du contre-terrorisme à la Maison Blanche durant le 11-Septembre, a avancé qu’« il y avait eu une décision au sommet de la CIA ordonnant les [agents concernés] de ne pas partager les informations » (Rory O’Connor et Ray Nowosielski, « Insiders Voice Doubts about CIA’s 9/11 Story  », Salon, 14 octobre 2011). Voir ici la traduction en français : « La réaction des initiés et leurs doutes à propos de la version de la CIA concernant le 11-Septembre. »

[27] Coll, p.467-69.

[28] Fenton, Disconnecting the Dots, pp.107-08.

[29] James Bamford, Body of Secrets, p.201. Cf. Fredrik Logevall,Choosing War : The Lost Chance for Peace and the Escalation of War in Vietnam (University of California Press, Berkeley, 1999), p.200, citant John Prados, The Hidden History of the Vietnam War (Ivan R. Dee, Chicago, 1995), p.51.

[30] Comité des chefs d’États-majors Interarmées (JCS), « Courses of Action Related to Cuba (Case II) », Rapport du J-5 au Comité des chefs d’États-majors Interarmées, 1er mai 1963, JCS 2304/189, NARA #202-10002-10018, consultable ici [ou ici, pp.177-190].

 

 

 

II

 

Dans la deuxième partie de son étude sur l’État profond US, Peter Dale Scott revient sur l’assassinat de Robert Kennedy, le Watergate et l’affaire Iran-Contra. Instrumentalisant ces événements, le complexe militaro-industriel s’est emparé progressivement du pouvoir dans un pays désormais placé en état d’urgence permanent. Selon l’historien canadien, la première revendication d’un mouvement comme Occupy Wall Street devrait être de réclamer l’abrogation du Patriot Act, qui légalise la résolution de la crise politique aux États-Unis par des moyens militaires.

 

 

 

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La signature du Patriot Act par George W. Bush en 2001. 10 ans plus tard, cette loi d’exception est toujours en vigueur, prorogée par la signature automatique d’un "autopen" alors que Obama était en déplacement à l’étranger. Ce texte permet notamment au gouvernement des États-Unis de détenir sans limite et sans inculpation toute personne soupçonnée de projet “terroriste”.

L’accroissement des pouvoirs répressifs suite aux événements profonds

Tous les événements profonds évoqués précédemment ont conduit à l’attribution de toujours plus de pouvoirs répressifs à Washington. Par exemple, il est clair que la Commission Warren a utilisé l’assassinat de JFK pour accroître la surveillance des citoyens des États-Unis par la CIA. Comme je l’ai écrit dans mon livre Deep politics, ceci résultait « des recommandations controversées de la Commission Warren, imposant que les responsabilités du Secret Service en matière de surveillance intérieure soient élargies (WR 25-26). Paradoxalement, cette dernière a conclu qu’Oswald avait agi seul (WR 22) […], mais également que le Secret Service, le FBI et la CIA devaient coordonner plus étroitement la surveillance des groupes organisés (WR 463). En particulier, elle a recommandé auSecret Service de se doter d’une base de données informatisée compatible avec celle déjà élaborée par la CIA. » [1]

Ce schéma se répètera quatre ans plus tard avec l’assassinat de Robert Kennedy [surnommé RFK, ou Bobby]. Dans les 24 heures entre les tirs frappant Bobby et son décès, le Congrès adopta dans l’urgence une loi rédigée bien à l’avance (tout comme l’étaient la Résolution du golfe du Tonkin de 1964 et le Patriot Act de 2001) – une loi qui élargit de nouveau les pouvoirs secrets conférés au Secret Service au nom de la protection des candidats à la présidence. [2]

Il ne s’agissait pas d’un changement insignifiant ou bénin : de cette loi votée à la hâte sous Johnson ont découlé quelques-uns des pires excès de l’ère Nixon. [3]

Ce changement a également contribué au chaos et aux violences survenues lors de la Convention démocrate de Chicago en 1968. Des agents de surveillance des Renseignements militaires, détachés auprès du Secret Service, opéraient à l’intérieur et à l’extérieur de la salle des congrès. Certains d’entre eux équipèrent les « voyous de la Legion of Justice, dont la Chicago Red Squad [qui] brutalisa les groupes anti-guerre locaux ». [4]

Voilà comment les nouveaux pouvoirs secrets conférés après l’assassinat de RFK contribuèrent au catastrophique désordre de la Convention de Chicago, ce qui a véritablement détruit le vieux Parti Démocrate représentant les syndicats : les trois Présidents démocrates élus par la suite furent nettement plus conservateurs.

Si l’on aborde la question du Watergate et de l’Irangate, ces deux événements constituèrent dans une certaine mesure un recul et non une extension des pouvoirs répressifs exercés par Richard Nixon et par la Maison Blanche de Reagan. À un niveau superficiel, cela est vrai : ces deux événements ont entraîné des réformes législatives qui semblent contredire ma thèse de l’extension de la répression.

Il faut cependant bien distinguer, d’une part, la phase initiale du Watergate (l’effraction), et d’autre part les deux années de crise que cet acte malveillant a engendré. La crise du Watergate a montré un Président contraint à la démission par de nombreuses forces, impliquant à la fois des libéraux et des conservateurs. Mais les personnages clés de la première phase du Watergate – Howard Hunt, James W. McCord, G. Gordon Liddy et leurs alliés cubains – étaient tous très à droite de Nixon et de Kissinger. Et le résultat final de leurs machinations ne s’est matérialisé que lors de ce que l’on a appelé le Massacre d’Halloween en 1975, quand Henry Kissinger fut évincé de son poste de conseiller à la Sécurité nationale, et que le Vice-président Nelson Rockefeller s’est vu notifier qu’il serait écarté de la candidature républicaine en 1976. Cet important remaniement a été conçu par deux autres personnages ancrés très à droite : Donald Rumsfeld et Dick Cheney, qui faisaient alors partie de la Maison Blanche de Gerald Ford. [5]

Cette journée de 1975 a vu la défaite ultime de la faction dite « Rockefeller » – ou faction libérale – du Parti républicain. Celle-ci fut remplacée par la faction conservatrice dite « Goldwater-Casey », qui allait bientôt s’emparer de la candidature présidentielle puis de la fonction suprême pour le compte de Ronald Reagan. [6] Cette révolution de palais peu remarquée, comme d’autres intrigues survenues dans le milieu des années 1970, a contribué au bouleversement des États-Unis : ce pays est ainsi passé d’une économie capitaliste du bien-être, réduisant progressivement les disparités de revenus et de richesse, à une « ploutonomie » financiarisée où ces tendances ont été inversées. [7]

À travers l’Irangate (également appelé l’affaire Iran-Contra), nous constatons de nouveau une accumulation plus profonde de pouvoirs répressifs sous couvert de réformes libérales. À cette époque la presse, mais aussi des universitaires – dont je faisais partie – ont célébré la fin du soutien des contras au Nicaragua, ainsi que le succès du processus de paix de Contadora. En revanche, il a été généralement ignoré que, même si le lieutenant-colonel Oliver North avait été écarté du Projet Jugement dernier, les plans de ce programme préparant la surveillance, les détentions arbitraires ainsi que la militarisation des États-Unis ont continué à s’étendre après son départ. [8]

On ne remarqua pas non plus le fait que le Congrès des États-Unis, tout en réduisant son aide à une petite armée narco-financée liée à la CIA, développait alors en Afghanistan un soutien croissant à une bien plus grande coalition de forces paramilitaires alliées à l’Agence et financées par la drogue. [9] Alors que l’Irangate permit de révéler les 32 millions de dollars que l’Arabie saoudite avait fourni aux Contras (à la demande pressante du directeur de la CIA William Casey), rien ne fut révélé concernant les 500 millions de dollars (voire plus) que les Saoudiens, encore une fois sous l’insistance de Casey, avaient transmis à la même époque aux moudjahidines afghans. [10] En ce sens, le caractère dramatique que prit l’Irangate au Congrès peut être considéré comme une mise en scène trompeuse, détournant l’attention du public de l’engagement US beaucoup plus important en Afghanistan – une politique secrète qui a depuis évolué pour devenir la plus longue guerre de l’Histoire des États-Unis.

Il nous faut élargir notre vision de l’affaire Iran-Contra pour la concevoir comme l’affaire Iran-Afghanistan-Contra. Ce faisant, nous devrons admettre qu’au travers de cet événement profond complexe et mal compris, la CIA a retrouvé en Afghanistan la capacité paramilitaire que l’amiral Stansfield Turner avait tenté de lui retirer lorsqu’il était directeur de l’Agence sous Jimmy Carter. En résumé, ce fut une victoire pour une faction d’individus tels que Richard Blee, protecteur d’al-Mihdhar et défenseur en 2000 d’un accroissement des activités paramilitaires de la CIA en Afghanistan. [11]

Des recoupements de personnel entre les événements profonds successifs

Je n’oublierai jamais la une du New York Times du 18 juin 1972, au lendemain de l’effraction à l’hôtel Watergate. On y voyait les photos des cambrioleurs de cet immeuble, dont celle de Franck Sturgis (alias « Fiorini »). J’avais déjà écrit à son sujet environ deux ans plus tôt, dans le manuscrit de mon livre sur l’assassinat de JFK qui n’est jamais paru, La Conspiration de Dallas (The Dallas Conspiracy).

Sturgis n’était pas n’importe qui : ancien employé contractuel de la CIA, il était également bien introduit dans le milieu des anciens propriétaires de casinos de La Havane, qui étaient tous liés à la pègre. [12] Mes premiers écrits sur l’affaire Kennedy se sont concentrés sur les liens entre Frank Sturgis et un camp d’entraînement de Cubains anticastristes près de la Nouvelle-Orléans, pour lequel Oswald avait montré de l’intérêt ; ils portaient aussi sur l’implication de Sturgis dans des faux récits primaires dépeignant Oswald comme faisant partie d’une conspiration communiste cubaine. [13]

En 1963, un certain nombre de Cubains membres de l’armée de Manuel Artime, qui était soutenue par la CIA en Amérique centrale, aidèrent Sturgis à propager ces récits primaires. En 1965, la base d’Artime au Costa Rica fut fermée, soi-disant à cause de son implication dans le trafic de drogue. [14] Dans les années 1980, certains de ces exilés cubains furent impliqués dans des activités de soutien des contras au travers du trafic de drogue. [15]

Le mentor politique du mouvement MRR (Movimiento de Recuperación Revolucionaria) de Manuel Artime était Howard Hunt, l’un des organisateurs de l’opération du Watergate ; en 1972, Artime payera la caution des cambrioleurs cubains du Watergate. Ramón Milián Rodríguez, un blanchisseur d’argent de la drogue, a affirmé avoir remis en liquide 200 000 dollars appartenant à Artime à certains des cambrioleurs cubains du Watergate ; plus tard, Rodríguez dirigea deux entreprises costaricaines de fruits de mer – Frigorificos et Ocean Hunter – qui blanchissaient l’argent de la drogue pour soutenir financièrement les Contras. [16]

Il a été avancé qu’Howard Hunt et James McCord avaient tous deux été impliqués dans les plans de Manuel Artime pour envahir Cuba en 1963. [17] Je ne crois pas qu’il relève du hasard si Artime, le protégé de Hunt, s’est lancé dans le trafic de drogue. Comme je l’ai expliqué ailleurs, Hunt gérait une connexion narcotique aux États-Unis depuis qu’il avait occupé en 1950 le poste de chef d’antenne de l’OPC (Bureau de Coordination Politique) à Mexico. [18]

Mais James McCord, qui sera plus tard le complice d’Howard Hunt et de G. Gordon Liddy dans la préparation et l’exécution du cambriolage du Watergate, ne s’était pas seulement distingué par ses activités anticastristes en 1963. Il faisait également partie du réseau de planification de crise des États-Unis, qui occupera plus tard une place centrale derrière l’Irangate et le 11-Septembre. McCord était membre d’une petite unité de réserve de l’US Air Force à Washington, qui était rattachée au Bureau de Préparation aux Crises (OEP pour Office of Emergency Preparedness). Cette unité était chargée « de dresser la liste des extrémistes et de mettre en place des plans d’urgence pour censurer les médias et le courrier postal aux États-Unis en période de conflit armé ». [19] Son unité faisait partie du Programme de sécurisation de l’information en temps de guerre (WISP pour Wartime Information Security Program) qui avait la responsabilité d’activer « les plans d’urgence pour imposer la censure de la presse, des courriers et de toutes les télécommunications (y compris les communications gouvernementales), ainsi que pour enfermer de façon préventive les civils représentant des “risques sécuritaires” en les plaçant dans des “camps” militaires ». [20] En d’autres termes, ce sont ces mêmes plans identifiés dans les années 1980 sous le nom de Projet Jugement dernier – les plans de la Continuité du gouvernement (COG pour Continuity of Government) sur lesquels Dick Cheney et Donald Rumsfeld ont travaillé conjointement pendant les 20 années précédant le 11-Septembre.

Un dénominateur commun aux événements profonds structurels : le Projet Jugement dernier et la COG

La participation de James McCord à un système de planification d’urgence chargé des télécommunications suggère un dénominateur commun derrière pratiquement tous les événements profonds que nous étudions. Oliver North – qui dans l’organisation de l’Iran-Contra était l’homme de confiance du tandem Reagan-Bush au sein duBureau de Préparation aux Crises (OEP) – a également été impliqué dans ce genre de planifications ; et il avait accès au réseau national top secret de communication du Projet Jugement dernier. Le réseau de North, connu sous le nom de Flashboard, « excluait les autres fonctionnaires dont les points de vue étaient opposés […] [et] disposait de son propre réseau informatique mondial axé sur l’antiterrorisme, […] par lequel ses membres pouvaient communiquer exclusivement entre eux ainsi qu’avec leurs collaborateurs à l’étranger. » [21]

Flashboard a été utilisé par Oliver North et ses supérieurs au cours d’opérations particulièrement sensibles, qui devaient être dissimulées aux autres éléments – suspicieux ou hostiles – de l’administration de Washington. Ces opérations incluaient des livraisons illégales d’armes à l’Iran ainsi que d’autres activités, dont certaines demeurent inconnues, qui auraient peut-être ciblé la Suède d’Olof Palme. [22] Flashboard, le réseau d’urgence des années 1980 aux États-Unis, était entre 1984 et 1986 le nom du réseau opérationnel de crise de la COG [Continuité du gouvernement]. Ce dernier a été secrètement planifié pendant 20 ans par une équipe comprenant Dick Cheney et Donald Rumsfeld, pour un coût total de plusieurs milliards de dollars. Le 11-Septembre, ce même réseau a de nouveau été activé par les deux hommes qui l’avaient planifié depuis tant d’années. [23]

On retrouve cependant des traces du Projet Jugement dernier en 1963, lorsque Jack Crichton, chef de la 488e unité de réserve des Renseignements militaires, y participa en sa qualité de chef du renseignement pour la Protection civile de Dallas, opérant depuis le Centre des Opérations d’Urgence souterrain. Comme Russ Baker le relate, « étant donné qu’il devait permettre d’assurer la “continuité du gouvernement” en cas d’attaque, [le centre] avait été entièrement équipé de matériels de communication ». [24] Un discours prononcé lors de l’inauguration du centre en 1961 fournit de plus amples détails :

« Ce Centre des Opérations d’Urgence fait partie du Plan national visant à relier les agences gouvernementales fédérales, provinciales et locales au moyen d’un réseau de communication, à partir duquel les opérations de sauvetage pourront être dirigées en cas d’urgence locale ou nationale. Il constitue une partie essentielle du Plan opérationnel de survie aussi bien au niveau fédéral, provincial que local. » [25]

Autrement dit, Jack Crichton, tout comme James McCord, Oliver North, Donald Rumsfeld et Dick Cheney après lui, faisait également partie de ce qui fut appelé dans les années 1980 le Projet Jugement dernier. Mais en 1988, l’objectif de ce programme fut considérablement élargi : il ne s’agissait plus seulement de se préparer à une attaque nucléaire, mais de planifier la suspension effective de la Constitution des États-Unis en cas d’urgence n

ationale de toute forme. [26] Ce changement survenu en 1988 a permis la mise en œuvre de la COG le 11 septembre 2001. Jusqu’alors, le Projet Jugement dernier s’était développé au point de devenir ce que le Washington Post a appelé « un gouvernement de l’ombre qui a évolué sur la base de “plans de continuité des opérations” préparés de longue date ». [27]

Il est clair que le Bureau de la Préparation aux Crises (l’OEP, connu entre 1961 et 1968 sous le nom de Bureau pour la Planification d’Urgence) nous apporte un dénominateur commun pour identifier des personnes clés derrière pratiquement tous les événements structurels analysés dans cet article. La route sera encore longue avant de pouvoir établir si l’OEP lui-même (en plus des individus ici mentionnés) fut à l’origine de l’un de ces événements. Néanmoins, je crois que les réseaux alternatifs de communication internes à l’OEP (qui seront ensuite intégrés au Projet 908) ont joué un rôle significatif dans au moins trois événements profonds : l’assassinat de JFK, l’Irangate et le 11-Septembre.

Ceci est facilement démontrable dans le cas du 11-Septembre, où il est admis que les plans de Continuité du gouvernement du Projet Jugement dernier ont été mis en œuvre par Dick Cheney le 11 septembre 2001, visiblement avant même que le dernier des quatre avions détournés ne se soit écrasé. [28] La Commission d’enquête sur le 11-Septembre a été incapable de retrouver les registres qui retraçaient les décisions clés prises par Cheney ce jour-là, ce qui suggère qu’elles ont pu avoir été élaborées sur le « téléphone sécurisé » situé dans le tunnel menant au bunker présidentiel – avec un tel niveau de classification que la Commission d’enquête sur le 11-Septembre n’a jamais pu obtenir les enregistrements téléphoniques. [29] Il s’agissait vraisemblablement d’un téléphone du programme de la COG.

On ne sait pas vraiment si le « téléphone sécurisé » dans le tunnel de la Maison Blanche appartenait au Secret Service ou si, comme l’on pourrait s’y attendre, il faisait partie du réseau sécurisé de l’Agence de Communication de la Maison Blanche (WHCA pour White House Communications Agency). Dans cette dernière hypothèse, nous aurions un lien frappant entre le 11-Septembre et l’assassinat de JFK. En effet, sur son site web, la WHCA affirme que l’agence fut « un élément clé dans la documentation concernant l’assassinat du Président Kennedy. » [30] Cependant, il n’est pas évident de comprendre pour qui cette documentation fut compilée, car la Commission Warren n’a pas pu obtenir l’accès aux registres et aux transcriptions de la WHCA. [31]

Le Secret Service avait installé une radio portative de la WHCA dans le véhicule de tête du cortège présidentiel. [32] Celui-ci utilisait aussi la radio de la police pour rester en contact avec la voiture-pilote, dans laquelle se trouvait George Lumpkin, le directeur adjoint du Département de la Police de Dallas (DPD) appartenant à la 488e unité de réserve des Renseignements militaires. [33] Les enregistrements des communications WHCA du convoi n’ont jamais été fournis à la Commission Warren, ni à la Commission de la Chambre des Représentants sur les Assassinats [HSCA pour House Select Committee on Assassinations] ou au Comité d’étude des archives sur les assassinats [ARRB pour Assassination Records Review Board]. [34] Ainsi, nous ne pouvons pas déterminer si ces enregistrements pourraient expliquer certaines des anomalies constatées sur les deux canaux du Département de la Police de Dallas. Par exemple, ils auraient pu faire la lumière sur cet appel de source inconnue enregistré par la police de Dallas. Il signala un suspect ayant exactement la même taille et le même poids – erronés – que ceux notés dans les dossiers du FBI et de la CIA concernant Oswald. [35]

Aujourd’hui encore, en 2011, nous vivons sous l’état d’urgence proclamé après le 11-Septembre par le Président Bush. Du moins, certaines dispositions de la COG sont toujours en vigueur, et elles ont même été renforcées par Bush à travers la Directive présidentielle 51 (PD-51) de mai 2007. Commentant cette PD-51, le Washington Post écrivait à l’époque :

« Après les attentats de 2001, Bush nomma environ 100 hauts fonctionnaires civils, dont Cheney, pour qu’ils se relaient secrètement pendant plusieurs semaines, ou plusieurs mois, sur des sites de la COG situés en dehors de Washington, afin d’assurer la survie de la nation. Ils constituent ainsi un gouvernement de l’ombre qui a évolué sur la base de ‘plans pour la continuité des opérations’ préparés de longue date. » [36]

Il est vraisemblable que ce « gouvernement de l’ombre » ait finalisé des projets de la COG qui étaient prévus depuis longtemps, comme par exemple la surveillance sans mandat, notamment grâce au Patriot Act. Les dispositions controversées de cette législation avaient déjà été mises en œuvre par Cheney et par d’autres fonctionnaires, et ce bien avant que le projet de loi ne soit arrivé au Congrès le 12 octobre 2001. [37] D’autres projets de la COG qui furent mis en œuvre comprenaient la militarisation de la surveillance intérieure sous la direction du NORTHCOM, ainsi que le projet du Département de la Sécurité intérieure appelé Endgame – un plan décennal d’extension des camps de détention pour un coût s’élevant à 400 millions de dollars pour le seul exercice fiscal 2007. [38]

Par conséquent, j’ai une recommandation à faire pour le mouvement Occupy, qui se révolte légitimement contre les excès ploutocratiques dont Wall Street s’est rendu coupable ces trois dernières décennies. Cette recommandation consiste à appeler à mettre fin à l’état d’urgence resté en vigueur depuis 2001. En vertu de celui-ci, depuis 2008, une brigade de combat de l’armée US a été positionnée de manière permanente aux États-Unis, en partie pour se tenir prête « à contribuer au contrôle des foules et des troubles sociaux ». [39]

Les amoureux de la démocratie doivent tout faire pour éviter que la crise politique qui se développe actuellement aux États-Unis ne soit résolue par des moyens militaires.

En conclusion, je dirais que, depuis un demi-siècle, la politique états-unienne a été contrainte et altérée par la non-résolution de l’assassinat de Kennedy. D’après un mémo du 25 novembre 1963, rédigé par le Procureur général adjoint Nicholas Katzenbach, il était alors important de convaincre l’opinion publique qu’« Oswald était l’assassin » et qu’« il n’avait pas de complices ». [40] Évidemment, cette priorité est devenue encore plus importante après que ces propositions discutables eurent été adoptées à la fois par la Commission Warren, les institutions états-uniennes et la presse dominante.

Cette dissimulation de la vérité est depuis restée une priorité bien embarrassante pour les administrations qui se sont succédé, y compris pour celle qui est en place actuellement. Par exemple, nous pouvons citer ce fonctionnaire du Département d’État d’Obama, Todd Leventhal, dont la fonction officielle – jusqu’à une date récente – était de défendre la thèse du fou solitaire contre les soi-disant « conspirationnistes ». [41]

Si Oswald n’était pas un assassin solitaire, alors il ne serait pas surprenant qu’il existe un lien entre ceux qui ont falsifié les rapports le concernant et ceux qui ont déformé la politique des États-Unis dans les événements profonds ultérieurs, à commencer par le Watergate.

Depuis les événements profonds de 1963, la légitimité du système politique des États-Unis a été enfermée dans un mensonge, que les événements profonds ultérieurs ont contribué à protéger. [42]

 

 

[1] Peter Dale Scott, Deep Politics and the Death of JFK, p.280.

[2] Public Law 90-331 (18 U.S.C. 3056) ; analysé dans Peter Dale Scott, Paul L. Hoch et Russell Stetler, The Assassinations : Dallas and Beyond (Random House, New York, 1976), pp.443-46.

[3] Les agents des Renseignements militaires étaient détachés auprès du Secret Service et à l’époque, leur nombre s’agrandissait nettement. Le Washington Star expliqua plus tard que « la forte montée en puissance de la collecte d’information [à l’armée] […] n’a commencé qu’après le meurtre par balles du révérend Martin Luther King » (Washington Star, 6 décembre 1970 ; réimprimé dans Federal Data Banks Hearings, p.1728).

[4] George O’Toole, The Private Sector (Norton, New York, 1978), p.145, cité dans Scott, Deep Politics and the Death of JFK, pp.278-79.

[5] Scott, La Route vers le Nouveau Désordre Mondial, pp.89-91.

[6] Ibidem, pp.90-92.

[7] Ibidem, pp.87-101.

[8] Peter Dale Scott, « Northwards without North », Social Justice (été 1989). Réactualisé sous le titre « North, Iran-Contra, and the Doomsday Project : The Original Congressional Cover Up of Continuity-of-Government Planning », Asia-Pacific Journal : Japan Focus, 21 février 2011.

[9] Scott, La Route vers le Nouveau Désordre Mondial, p.190.

[10] Jonathan Marshall, Peter Dale Scott et Jane Hunter, The Iran-Contra Connection, p.13 (les Contras) ; Richard Coll, Ghost Wars, pp.93-102 (les moudjahidines).

[11] Steve Coll, Ghost Wars, pp.457-59, pp.534-36.

[12] Selon un témoignage de Vernon Walters, le directeur adjoint de la CIA, seuls « Hunt et McCord avaient été des employés à plein temps de la CIA. Les autres [incluant Sturgis] étaient des employés contractuels pour des durées variables » (Auditions sur le Watergate, p.3427). Cf. Marshall, Scott et Hunter, The Iran-Contra Connection, p.45 (propriétaires de casinos).

[13] Peter Dale Scott, « From Dallas to Watergate », Ramparts, décembre 1973 ; réimprimé dans Peter Dale Scott, Paul L. Hoch et Russell Stetler, The Assassinations : Dallas and Beyond, p.356, p.363.

[14] Peter Dale Scott, Crime and Cover-Up, p.20.

[15] Peter Dale Scott et Jonathan Marshall, Cocaine Politics, pp.25-32, etc.

[16] Alexander Cockburn et Jeffrey St. Clair, Whiteout : The CIA, Drugs, and the Press (Verso, Londres, 1998), pp.308-09 ; Martha Honey, Hostile Acts : U.S. Policy in Costa Rica in the 1980s (University Press of Florida, Gainesville, FL, 1994), p.368 (Frigorificos).

[17] Tad Szulc, Compulsive Spy : The Strange Career of E. Howard Hunt (Viking, New York, 1974), pp.96-97.

[18] Scott, American War Machine, pp.51-54. Howard Hunt a contribué à mettre sur pieds ce qui devint la Ligue Anticommuniste Mondiale [WACL pour World Anti-Communist League] liée au trafic de drogue. La base d’Artime au Costa Rica était située sur des terres appartenant à des membres de la branche locale de la WACL (Scott et Marshall, Cocaine Politics, p.87, p.220).

[19] Woodward et Bernstein, All the President’s Men (Simon and Schuster, New York, 1974), p.23.

[20] Jim Hougan, Secret Agenda (Random House, New York, 1984), p.16, citant la Directive 5230.7 du Département de la Défense, 25 juin 1965, amendée le 21 mai 1971.

[21] Peter Dale Scott, « North, Iran-Contra, and the Doomsday Project : The Original Congressional Cover Up of Continuity-of-Government Planning », Asia-Pacific Journal : Japan Focus, 21 février 2011. Cf. Peter Dale Scott, « Northwards Without North : Bush, Counterterrorism, and the Continuation of Secret Power », Social Justice (San Francisco), XVI, 2 (été 1989), pp.1-30 ; Peter Dale Scott, « The Terrorism Task Force », Covert Action Information Bulletin, N°33 (hiver 1990), pp.12-15.

[22] Peter Dale Scott et Jonathan Marshall, Cocaine Politics : Drugs, Armies, and the CIA in Central America (University of California Press, Berkeley, 1998), pp.140-41, p.242 (Iran, etc.) ; Ola Tunander, The Secret War against Sweden : US and British submarine deception in the 1980s, p.309 (Suède).

[23] Scott, La Route vers le Nouveau Désordre Mondial, pp.257-262.

[24] Russ Baker, Family of Secrets, p.121.

[25] « Statement by Col. John W. Mayo, Chairman of City-County Civil Defense and Disaster Commission at the Dedication of the Emergency Operating Center at Fair Park », 24 mai 1961, consultable ici. Quinze centimètres de dossiers administratifs de la Protection civile sont préservés aux archives municipales de Dallas ; un guide est consultable en ligne. J’espère qu’un chercheur qui y trouverait de l’intérêt les consultera.

[26] Scott, La Route vers le Nouveau Désordre Mondial, pp.257-262.

[27] « Bush Changes Continuity Plan », Washington Post, 10 mai 2007.

[289/11 Report [Rapport final de la Commission sur le 11-Septembre], p.38, p.326, p.555n9 ; Peter Dale Scott, La Route vers le Nouveau Désordre Mondial, pp.307-08.

[29] Ibidem, 226-30. Une note de bas de page dans le Rapport final de la Commission sur le 11-Septembre (p.555n9) déclare : « La crise du 11-Septembre a mis à l’épreuve les plans ainsi que les capacités du gouvernement des États-Unis à assurer la continuité du gouvernement constitutionnel et la continuité des opérations gouvernementales. Nous n’avons pas enquêté sur ce sujet, excepté lorsque cela fut nécessaire afin de comprendre les activités et les communications des principaux responsables [aux commandes] lors du 11-Septembre. Le président, le vice-président et les principaux membres de la Commission furent briefés sur la nature générale et la mise en œuvre de ces plans de continuité [du gouvernement]. » Les autres notes de bas de page confirment qu’aucune information venant des dossiers de la COG n’a été utilisée pour documenter le rapport final. Ces dossiers auraient pu, au minimum, résoudre le mystère de l’appel téléphonique manquant qui autorisa la mise en œuvre de la COG et qui, en conséquence, détermina que Bush devait encore être maintenu à l’écart de Washington. Je suspecte que ces dossiers pourraient nous en révéler bien plus à ce sujet.

[30] « White House Communications Agency », Signal Corps Regimental History, consultable ici.

[31] Grâce au Secret Service, les membres de la Commission Warren étaient au courant de la présence de la WHCA à Dallas (17 WH p.598, p.619, p.630, etc.).

[32] Témoignage du fonctionnaire du Secret Service Winston Lawson, 17 WH p.630 (radio de la WHCA).

[33] Pamela McElwain-Brown, « The Presidential Lincoln Continental SS-100-X », Dealey Plaza Echo, Volume 3, N°2, p.23 (radio de la police) ; Scott, Deep Politics and the Death of JFK, pp.272-75 (Lumpkin).

[34] Dans les années 1990, la WHCA fournit au Comité d’étude des archives sur les assassinats [ARRB pour Assassination Records Review Board] des témoignages concernant les communications entre Dallas et Washington le 22 novembre [1963] (NARA #172-10001-10002 à NARA #172-10000-10008). L’ARRB tenta également d’obtenir de la WHCA les bandes originales non altérées de conversations depuis l’Air Force One durant le voyage retour de Dallas, le 22 novembre 1963. (Des versions montées et condensées de ces bandes ont été accessibles depuis les années 1970 à la bibliothèque Lyndon Baines Johnson à Austin, Texas.) Cette tentative fut infructueuse : « Les demandes écrites et orales du Comité d’études à l’Agence de Communication de la Maison Blanche n’ont pas porté leur fruits. La WHCA ne fut pas en mesure de produire une seule archive éclairant la provenance des bandes montées. » Voir Assassinations Records Review Board : Final Report, chapitre 6, partie 1, p.116, consultable ici. En novembre 2011, l’Associated Press rapporta que la copie personnelle des enregistrements de l’Air Force One du général Chester Clifton était mise en vente, à un prix de départ de 500 000 dollars (AP, 15 novembre 2011, source).

[35] Voir Scott, War Conspiracy (2008), pp.347-48, pp.385-87.

[36] « Bush Changes Continuity Plan », Washington Post, 10 mai 2007.

[37] Dick Cheney, In My Time : A Personal and Political Memoir(Threshold Editions, New York, 2011), p.348 : « Afin de renforcer les défenses du pays après le 11-Septembre, l’une de nos premières mesures fut d’assurer le vote du Patriot Act, que le Président promulgua le octobre 2001 », consultable ici ; « Questions and Answers about Beginning of Domestic Spying Program », consultableici.

[38] Scott, La Route vers le Nouveau Désordre Mondial, pp.323-332 ; Peter Dale Scott, « La continuité du gouvernement états-unien : l’état d’urgence supplante-t-il la Constitution ? »,www.mondialisation.ca, 6 décembre 2010.

[39] « Brigade homeland tours start Oct. 1 », Army Times, 30 septembre 2008. Durant les années 1960, dans le plan d’urgence de l’armée nommé Garden Plot, il existait jusqu’en 1971 deux brigades (soit 4800 soldats) prêtes à intervenir pour mater toute rébellion.

[40] « Memorandum for Mr. Moyers » du 25 novembre 1963, FBI 62-109060, Section 18, p.29, consultable ici. Cf. Nicholas Katzenbach, Some of It Was Fun (W.W. Norton, New York, 2008), pp.131-36.

[41] Le titre officiel de Leventhal est « Directeur de l’équipe de contre-désinformation, Département d’État des États-Unis » (source). En 2010, le Département d’État « lança une campagne officielle pour tourner en ridicule les théories du complot. La page web intitulée “Théories du complot et désinformation” insiste sur l’idée que seul Lee Harvey Oswald tua John F. Kennedy, et que le Pentagone n’a pas été frappé par un missile de croisière le 11-Septembre » Daily Record [Écosse], 2 août 2010, (source). Ce site est encore consultable ici, (« Les théories du complot prospèrent dans le royaume du mythe, où l’imagination débridée est sans limite, où les peurs l’emportent sur les faits, et où les preuves sont ignorées. ») Le site attaque encore les théories alternatives sur le 11-Septembre, mais une page concernant l’assassinat de Kennedy a été désactivée. Cf. Robin Ramsay, « Government vs Conspiracy Theorists : The official war on “sick think”  », Fortean Times, avril 2010 ; « The State Department vs “Sick Think” : The JFK assassination, 9/11 and the Tory MP spiked with LSD » Fortean Times, juillet 2010 ; William Kelly, « Todd Leventhal : The Minister of Diz at Dealey Plaza », CTKA, 2010.

[42] Au sujet de la sensibilité de Nixon concernant l’assassinat de Kennedy, et comment cette sensibilité le mena dans certaines des intrigues généralement connues sous le nom de Watergate, voir par exemple Scott, Hoch et Stetler, The Assassinations, pp.374-78 ; Peter Dale Scott, Crime and Cover-up (Open Archive Press, Santa Barbara, CA, 1993), p.33, pp.64-66.

 

Source: Réseau Voltaire

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Published by dailynuts-news - dans Politique internationale
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