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24 octobre 2011 1 24 /10 /octobre /2011 17:03

 

La menace nucléaire iranienne : « Une escroquerie intellectuelle »

 

Un complot présumé contre l’ambassadeur d’Arabie Saoudite aux Etats-Unis, la publication d’un rapport de l’AIEA sur le programme nucléaire iranien. L’Iran avait disparu de l’actualité, la menace iranienne refait surface. Certains parlent déjà d’une intervention militaire, Obama en reste à des pressions renforcées. Ancien de la Délégation aux affaires stratégiques du ministère de la Défense, professeur à Sciences-Po, Pierre Conesa est l’auteur de « La Fabrication de l’ennemi » ou comment tuer avec sa conscience pour soi. Il analyse cette « séquence » iranienne.

 

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Marianne2 : Le président américain a appelé à un durcissement des sanctions contre Téhéran après l’annonce de la publication d’un rapport sévère sur le caractère militaire du programme nucléaire iranien. Que sait-on du l’état d’avancement du programme nucléaire iranien ?

 

Pierre Conesa : L’AIEA (Agence Internationale pour l’Energie Atomique), comme les services de renseignement, font régulièrement des rapports sur l’état d’avancement du programme nucléaire iranien. C’est un coup à droite, un coup à gauche. La seule chose dont on soit sur c’est que la Direction des relations extérieures de l’Union Européenne avait demandé à un organisme, l’Institut pour la Protection et la sécurité des citoyens, qui est le plus gros consommateur d’images satellites en Europe. La Direlex leur avait demandé de faire une évaluation du programme d’avancement nucléaire iranien à partir d’imageries satellitaires essentiellement commerciales. Ils avaient réuni des experts du nucléaire pour leur demander leur avis. Ce qui est intéressant dans cette démarche, c’est que quand il s’agit des services de renseignement, en général on vous dit « c’est très grave mais on ne peut pas vous dire pourquoi ». Là ils étaient arrivés à la conclusion que tout le monde mentait aussi bien les Américains sur l’état d’avancement du projet que les Iraniens sur leurs besoins et leurs capacités militaires. Preuves à l’appui.

Vous venez de publier un livre sur la Fabrication de l’ennemi*. Vous y insistez sur la capacité des démocraties comme des dictatures à instrumentaliser un péril extérieur pour « souder une nation, asseoir sa puissance, occuper son secteur militaro-industriel ». Avec la tentative d’assassinat de l’ambassadeur d’Arabie Saoudite aux Etats Unis et le rapport de l’AIEA qui fait l’objet de toutes les spéculations, et ne sortira que le 17 novembre, des éditorialistes français ont déjà parlé d’une intervention militaire, la présidente démocrate de la commission du renseignement au Sénat américain a déclaré que l’on allait au clash. Est-ce que cela répond à une stratégie ?

Cela fait des années qu’il y a une sorte d’escroquerie intellectuelle sur le programme nucléaire iranien. Elle se révèle avec le temps. Régulièrement on nous dit que le programme est sur le point d’aboutir. J’ai commencé à m’y intéresser en 1992, on disait que cela allait aboutir en 1995, puis 1997, 2007, 2008, 2012 et maintenant 2015. Il y a là un phénomène mensonger générateur d’angoisse, de construction de la menace du côté des Occidentaux. L’Iran s’adonne moins à la prolifération nucléaire que le Pakistan mais c’est Téhéran l’ennemi. Du côté iranien, il y a la volonté de se doter de l’arme nucléaire. Cela ne fait aucun doute, motivés qu’ils sont par l’idée qu’ils doivent décider de leur sécurité. Mais on en oublie toujours quelques paramètres. Posséder l’arme quand on n’a pas le vecteur porteur est un problème. L’Iran n’a pas de missiles intercontinentaux pour aller bombarder Washington. L’autre question centrale est le concept d’emploi de cette arme. Si vous avez l’arme nucléaire et que vous n’avez qu’un seul coup à tirer, c’est-à-dire que vous n’avez pas de deuxième frappe avec des sous-marins lanceurs d’engins, vous ne pouvez pas utiliser votre arme pour déclencher un conflit. Vous ne pouvez l’utiliser que pour vous sanctuariser. C’est le concept français, nous avons une arme nucléaire, nous n’allons pas l’utiliser pour attaquer mais si vous nous attaquez, nous l’utiliserons dans une logique de protection du territoire. En ce sens-là, nous sommes mal placés pour critiquer la position des Iraniens, car nous savons bien que l’Iran ne l’utilisera pas dans une démarche offensive. Pourquoi voulez-vous que l’Iran se sacrifie ? Ce qui nous gêne, en revanche, c’est que nous ne pourrons plus intervenir en Iran à partir du moment où ils auront l’arme nucléaire. La dernière question, c’est l’hypocrisie des Occidentaux sur les pays qui violent le Traité de Non-Prolifération. L’Irak, l’Iran et la Corée du Nord avait signé le TNP donc, ils n’avaient pas le droit de faire la bombe. En revanche, Israël, le Pakistan et l’Inde ne l’ont pas signé donc ils ont le droit. En raisonnant ainsi, vous poussez les pays à sortir du TNP.

Quelques jours avant qu’on entende parler du rapport de l’AIEA, le CSIS (un think tank américain) sortait une étude sur les besoins militaires américains à horizon 2020. Peut-on y voir un lien ?

Le CSIS est un think tank plutôt proche des démocrates, il explique toujours qu’il faut un effort militaire plus important, sinon ils perdent leur budget. On est dans un système à contre-emploi, donc il y a peu à attendre des think-tanks militaro-intellectuels. Ensuite, toute est une question de stratégie, si l’idée c’est de faire émerger un monde multipolaire, il faut arrêter d’expliquer qu’il y a une puissance dominante qui veut intervenir sur tous les continents. Les Américains entendent rester la puissance dominante. En reprenant cette même logique, je peux vous justifier que la France devrait doubler son budget de défense.Toujours au début du mois d’octobre, le département américain de la Justice a annoncé avoir déjoué un complot « conçu, organisé et dirigé » par des membres des Qods (forces spéciales des Gardiens de la révolution) qui visait à assassiner l’ambassadeur d’Arabie saoudite à Washington. Le directeur du FBI parle d’un scénario hollywoodien. Qu’en pensez-vous ?

Il y a peut-être des preuves. Le gouvernement iranien est suffisamment divisé pour avoir besoin de créer une crise pour se consolider et jouer sur la gamme nationaliste. Le seul problème, en l’espèce, c’est de voir le niveau d’amateurisme de l’opération. Cela ne correspond pas vraiment à la philosophie de « corps d’élite » des gardiens de la révolution. C’est à se demander ce que les Iraniens seraient allés faire dans une telle opération parce que l’implication institutionnelle de Téhéran dans cette opération est un élément essentiel. Mais quand on observe les réactions, on est typiquement dans la logique de fabrication et de désignation de l’ennemi. A un an de la présidentielle américaine, c’est le réflexe qui a favorisé la réélection de George W. Bush : on ne change pas un chef de guerre. Ensuite, c’est la disproportion des réactions qui frappe. Les Etats-Unis ne sont pas allés bombarder l’Arabie Saoudite après le 11 septembre qui comptait 11 Saoudiens sur 14 terroristes. Donc, il y a les bons et les mauvais.

Ou en sont les relations entre l’Iran et l’Arabie Saoudite ?

Nous sommes dans une logique de guerre froide. En tant que chefs de la communauté musulmane des sunnites, les Saoudiens n’ont qu’une seule terreur, c’est le triangle des Chiites. En ce sens-là, il s’agit même d’une guerre de religion, il n’y a rien de géopolitique. On est dans des systèmes où l’hostilité religieuse est incroyable, difficile à mesurer pour nous. C’est pour cela que les Saoudiens sont intervenus à Bahreïn. L’idée de laisser renverser une dynastie sunnite par les Chiites leur était insupportable. C’est le seul endroit du monde où ils ont envoyé des troupes. Ils sont les leaders de la cause anti-iranienne. C’est assez étonnant de remarquer de ce point de vue-là qu’il y a une conjonction d’intérêts entre Israël et l’Arabie Saoudite contre l’Iran. Ils ne se parlent pas directement évidemment, dans les coulisses, et ils s’adressent à la même personne, les Américains…C’est la diplomatie du peep-show : on a plusieurs spectateurs autour de la même stripteaseuse mais chacun fait semblant d’ignorer que les autres sont là pour la même raison.

La proposition d’Ali Khamenei de supprimer la fonction de président de la République a-t-elle un sens dans ce contexte ?

Le président Mahmoud Ahmadinejad est le seul individu susceptible de rivaliser avec le Guide, c’est la légitimité populaire contre la légitimité religieuse. La crise récente prouve que l’opposition entre Khamenei et Ahmadinejad est quand même assez vigoureuse. En appelant à la suppression de la fonction de président de la République, il prouve qu’il est favorable à un retour aux fondamentaux de la république islamique et qu’il perd un peu les pédales. On reviendrait à une théocratie pure et simple. Alors que là il y a quand même deux légitimités qui s’opposent, celle du vote et celle de la charia.

Cette logique d’instrumentalisation de la menace ne s’applique pas qu’à l’Occident, les Iraniens ont également besoin de pointer un ennemi extérieur ?

Evidemment. Les Persans sont dans un espace géopolitique où il y a les arabes, les turcs, les indiens, les pakistanais, les pachtouns. Donc ils ont depuis toujours ce sentiment d’être une nation et une culture encerclée. Et c’est indispensable à un régime dictatorial comme celui-là. Il faut régulièrement rappeler que le monde extérieur est contre eux. En jouant sur ce nationalisme, il est certain d’élargir sa base politique. C’est un élément politiquement unificateur et même constitutif de l’identité nationale.

Quelle est la politique iranienne de la France ?

On a connu avec Sarkozy, l’arrivée des néoconservateurs au pouvoir, avec 10 ans de retard. Autour de Sarkozy, il n’y a que des quadras qui sont arrivés avec l’idée que la France devait garder son statut. Et pour garder son statut, il faut une menace et garder les grands textes internationaux où la France a une place particulière. Jusqu’à cette affaire de Washington, nous étions plus radicaux que les Américains à l’égard des Iraniens sans avoir les moyens de cette radicalité.

Les socialistes ont-ils autre chose à proposer ?

Ils sont très divisés là-dessus. François Hollande a reçu deux fois Myriam Radjavi, qui est le dalai lama des Moudjahidin du peuple. C’est une secte religieuse, qui ne représente rien. Comme ils ont collaboré avec Saddam Hussein, il faut savoir qu’en Iran, ils sont complètement honnis. L’idée centrale de cette ligne politique est que tout ennemi d’Israël est un ennemi de la France Il y a une autre tendance qui explique qu’on ne peut pas ignorer un régime installé depuis 40 ans, et dont on aura besoin pour stabiliser et l’Irak et l’Afghanistan, mais je ne sais pas ce qu’ils représentent.

 

Source: B-ciao

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Published by dailynuts-news - dans Politique internationale
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